🎲Jeux d’argent et surendettement : un lien encore trop méconnu
Les jeux d’argent occupent aujourd’hui une place importante dans le quotidien des Français. Selon l’Observatoire Français des Drogues et Tendances addictives (OFDT), chaque ménage y consacrerait 242€ par an en moyenne, mais ce chiffre masque de fortes disparités. Les données montrent que les joueurs les plus assidus sont souvent les plus fragiles financièrement : 57 % disposent d’un revenu mensuel inférieur à 1 100€, soit un revenu en deçà du seuil de pauvreté. Lorsque la pratique devient excessive, les conséquences peuvent être lourdes, tant sur le plan financier que social et psychologique.
• Comment les joueurs excessifs parviennent-il à financer leur addiction au jeu?
• Quelles sont les conséquences budgétaires des pratiques de jeu d’argent excessives ?
• Que sait-on des liens entre surendettement et jeux ?
Pour répondre à ces questions, 5 invités ont partagé leur expertise :
- Jennevi Ramdul – chargée de recherche participative, doctorante CIFRE
- Georges Martinho – directeur du pôle recours distanciel, ARPEJ – SOS Joueurs : Association de Recherche et de Prévention des Excès du Jeu
- Célia Magras – directrice du pôle recherche et innovation chez CRÉSUS, docteure en droit
- Marie-Christine Bulart – conseillère budgétaire chez CRÉSUS
- Jean-Paul EFANG, co-founder et CEO de GaimControl (UK)
Du jeu récréatif au jeu pathologique
Pour Georges Martinho, directeur du pôle recours distanciel à l’ARPEJ – SOS Joueurs, le jeu problématique reste largement sous-diagnostiqué malgré son ampleur.
« En France, on compte environ 1,4 million de joueurs problématiques, dont 400 000 joueurs pathologiques »,
rappelle-t-il, soulignant que chaque situation impacte en moyenne six proches.
Le témoignage partagé lors de la table ronde illustre d’ailleurs cette descente progressive : accumulation de mises, recours à l’argent que l’on n’a pas, dettes bancaires, rupture familiale et isolement.
« On se dit que c’est 50 euros, puis 100, puis 1 000… et on ne voit plus le monde autour ».
Pourtant, le recours à l’aide reste extrêmement faible : « Moins de 2 % des joueurs en difficulté font appel aux soins », contre près de 8 % pour l’alcool. À travers les appels reçus par la ligne d’écoute, il observe que plus de 90 % des personnes sollicitent d’abord de l’aide pour des difficultés financières : dettes multiples, crédits accumulés, factures impayées. D’où la nécessité d’une prise en charge précoce et coordonnée, associant accompagnement financier, soutien psychologique et prévention, en particulier auprès des jeunes adultes, identifiés comme un public particulièrement vulnérable.
Des pratiques de jeu en forte évolution, notamment chez les jeunes
Les échanges ont également mis en lumière l’évolution rapide des pratiques de jeu. La numérisation, l’accessibilité permanente des plateformes en ligne et l’omniprésence du marketing des opérateurs transforment profondément les usages. Jennevi Ramdul, chargée de recherche participative et doctorante CIFRE, souligne que les jeunes de moins de 25 ans, qu’ils vivent en milieu rural ou dans les quartiers prioritaires, apparaissent particulièrement vulnérables.
« Pour certains, le jeu s’inscrit dans des logiques de socialisation, de reconnaissance ou de prise de risque valorisée, rendant la prévention et le repérage plus complexes ».
Elle souligne notamment que le manque d’informations et d’éducation financière contribuent à favoriser l’addiction aux jeux d’argent.
L’endettement, symptôme central de l’addiction
Célia Magras, docteure en droit qui dirige le pôle recherche et innovation chez CRÉSUS, souligne que le surendettement n’est pas la cause mais le symptôme de l’addiction au jeu. Pour continuer à jouer, les personnes mobilisent successivement leurs économies, puis des crédits à la consommation, souvent faciles d’accès, avant parfois de sortir du cadre légal. La dématérialisation de l’argent (cryptomonnaies, comptes bancaires en ligne, etc) et l’accès aux jeux 24h/24 (casinos en ligne, sites de jeux d’argent illégaux) renforcent ces mécanismes, en particulier chez les jeunes et les publics vulnérables.
Un accompagnement global et coordonné
Pour Marie-Christine Bulart, conseillère budgétaire chez CRÉSUS, l’accompagnement doit impérativement être sans jugement : « Ce sont des personnes très culpabilisées, qui ont beaucoup menti. Il faut avant tout une relation de confiance. »
Elle insiste sur la nécessité d’un travail conjoint avec les professionnels de santé :
« Faire baisser la pression financière permet aussi de travailler sur le parcours de reconstruction des personnes addicts aux jeux. »
Chez CRÉSUS, cette approche globale vise à stabiliser la situation budgétaire tout en inscrivant la personne dans un parcours de sortie durable, en synergie avec les acteurs médicaux, sociaux et institutionnels.

