Comment garantir à chacun l’accès aux services financiers essentiels ? Quels publics restent encore aujourd’hui à l’écart du système bancaire ? Et quelles solutions imaginer pour renforcer l’inclusion financière en France ?

Pour répondre à ces questions, la Fondation CRÉSUS et Emmaüs France publient « Regards croisés sur l’inclusion financière : constats, enjeux et leviers d’action », un ouvrage issu des Rencontres de l’inclusion financière organisées depuis 2021 par les deux réseaux associatifs.

Ce livret propose une analyse approfondie de plusieurs réalités souvent invisibles : violences économiques au sein du couple, accès aux services bancaires pour les personnes migrantes, inclusion financière des personnes détenues ou encore difficultés d’accès au crédit pour les personnes en situation de handicap.

À travers ces contributions d’experts, de chercheurs et d’acteurs de terrain, l’objectif est clair : mieux comprendre les mécanismes d’exclusion financière pour mieux y répondre.

L’inclusion financière : un enjeu social majeur

L’inclusion financière consiste à garantir à tous l’accès aux services financiers de base : un compte bancaire, des moyens de paiement, un accès au crédit, à l’assurance ou à l’épargne.

Ces services sont aujourd’hui indispensables pour participer pleinement à la vie économique et sociale : payer ses factures, percevoir un salaire, louer un logement ou encore financer un projet.

Depuis plus de trente ans, la France a mis en place plusieurs dispositifs pour lutter contre l’exclusion bancaire.

Parmi eux :

  • la procédure de surendettement,
  • le droit au compte,
  • la régulation du marché du crédit,
  • ou encore les dispositifs d’accompagnement budgétaire.

Malgré ces avancées, de nombreuses personnes restent fragilisées ou exclues du système financier. Certaines renoncent même à leurs droits ou se retirent volontairement du système bancaire par méfiance ou découragement.

C’est ce phénomène de non-recours et d’auto-exclusion que l’ouvrage met également en lumière.

Violences économiques domestiques : une réalité encore méconnue

Les violences économiques au sein du couple figurent parmi les thématiques abordées.

Souvent invisibles, ces violences prennent différentes formes :

  • contrôle des revenus et des dépenses,
  • interdiction de travailler,
  • accaparement des ressources financières,
  • souscription de crédits au nom du partenaire,
  • endettement imposé, etc.

Ces pratiques peuvent conduire à une perte totale d’autonomie financière pour les victimes.

Les témoignages et analyses réunis dans le livret rappellent que ces violences sont loin d’être marginales. Elles constituent une dimension structurelle des violences conjugales, encore insuffisamment reconnue dans les politiques publiques.

Leur impact peut être durable : dettes importantes, inscription dans les fichiers bancaires, difficultés à retrouver une stabilité financière après la séparation…

Mieux identifier ces situations et adapter les dispositifs d’accompagnement est donc un enjeu majeur pour les acteurs de l’inclusion financière.

Les nouveaux arrivants en France face à la bancarisation

Autre thématique importante du livret : l’accès aux services bancaires pour les personnes nouvellement arrivées en France.

Pour ces publics, ouvrir un compte bancaire peut relever du parcours du combattant.

Les obstacles sont multiples :

  • absence de documents administratifs stabilisés,
  • méconnaissance du système bancaire français,
  • difficultés linguistiques,
  • méfiance des établissements financiers.

Pourtant, la bancarisation constitue souvent la première étape de l’intégration économique et sociale. Sans compte bancaire, il devient très difficile de percevoir un salaire, louer un logement, recevoir des aides sociales ou effectuer certaines démarches administratives.

Le livret souligne ainsi l’importance des dispositifs existants, comme le droit au compte, mais aussi le rôle essentiel des associations qui accompagnent ces publics dans leurs démarches.

La procédure de surendettement : un outil encore nécessaire

Depuis sa création à la fin des années 1980, la procédure de surendettement a permis d’aider des centaines de milliers de ménages confrontés à des dettes qu’ils ne pouvaient rembourser.

L’ouvrage interroge cependant l’évolution de ce phénomène, car certains indicateurs montrent une baisse du nombre de dossiers déposés ces dernières années.

Faut-il y voir un recul réel du surendettement ? Ou bien une transformation des difficultés financières ?

Les auteurs invitent à la prudence. La diminution des dossiers peut aussi s’expliquer par :

  • un renoncement à saisir la procédure,
  • une méconnaissance des dispositifs,
  • ou encore l’apparition de formes de fragilité financière moins visibles.

Par ailleurs, l’augmentation du coût de la vie, les crises économiques successives ou encore la multiplication des crédits à la consommation peuvent fragiliser durablement certains ménages.

Dans ce contexte, l’accompagnement budgétaire et la prévention du surendettement restent des priorités.

Les personnes détenues : les oubliés de l’inclusion financière

Le livret consacre également un chapitre à un public rarement évoqué : les personnes détenues.

L’incarcération entraîne souvent une rupture totale avec le système financier :

  • fermeture de comptes bancaires,
  • impossibilité de gérer ses finances,
  • accumulation de dettes pendant la détention.

À la sortie de prison, ces difficultés financières peuvent constituer un obstacle majeur à la réinsertion sociale et professionnelle. Sans accès à des services bancaires adaptés, il devient très difficile de trouver un emploi, un logement ou de reconstruire une stabilité financière.

CRÉSUS et Emmaüs France plaident donc pour une meilleure prise en compte de ces situations, afin de préparer la sortie de détention et prévenir les spirales d’endettement.

Handicap, santé et accès au crédit : des inégalités persistantes

L’ouvrage aborde également la question du handicap et des risques aggravés de santé dans l’accès aux services financiers.

Pour ces publics, l’accès au crédit ou à l’assurance emprunteur peut se révéler particulièrement compliqué.

Les difficultés rencontrées peuvent être liées :

  • à des surprimes d’assurance,
  • à des exclusions de garanties,
  • ou à des refus de couverture.

Ces obstacles limitent l’accès à certains projets essentiels, notamment l’acquisition d’un logement. Des dispositifs existent, comme la convention AERAS (s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé), mais leur mise en œuvre reste parfois complexe.

L’enjeu est donc de poursuivre les efforts pour réduire les discriminations financières liées à la santé ou au handicap.

Le surendettement dans le monde : quels modèles inspirants ?

Au-delà du contexte français, le livret propose également une mise en perspective internationale.

Comment les autres pays prennent-ils en charge l’endettement excessif des particuliers ? Quels dispositifs existent pour accompagner les ménages en difficulté ?

Cette comparaison internationale permet de mettre en évidence différentes approches :

  • procédures judiciaires ou administratives,
  • systèmes de faillite personnelle,
  • programmes d’accompagnement budgétaire.

Ces expériences étrangères offrent des pistes de réflexion pour améliorer les dispositifs existants et renforcer la prévention du surendettement.

Le rôle central des associations dans l’inclusion financière

Tout au long de l’ouvrage, un constat s’impose : les associations jouent un rôle déterminant dans la lutte contre l’exclusion financière.

Depuis plus de trente ans, plusieurs réseaux associatifs accompagnent les personnes en difficulté :

  • aide à la gestion budgétaire,
  • médiation avec les établissements bancaires,
  • accompagnement dans les procédures de surendettement,
  • sensibilisation aux risques financiers.

Les Rencontres de l’inclusion financière, dont est issu ce livret, illustrent également la capacité des acteurs associatifs à faire dialoguer chercheurs, institutions publiques et secteur financier.

Cette coopération est essentielle pour faire évoluer les pratiques et construire des solutions durables.

Mieux comprendre pour mieux agir

Avec « Regards croisés sur l’inclusion financière », l’Association pour la Fondation CRÉSUS et Emmaüs France proposent bien plus qu’un simple état des lieux. L’ouvrage invite à changer de regard sur les fragilités financières, en mettant en lumière des situations souvent invisibles ou mal comprises.

Violences économiques, obstacles à la bancarisation, difficultés d’accès au crédit ou publics oubliés du système : autant de réalités qui rappellent que l’inclusion financière reste un enjeu majeur de justice sociale. Face à ces défis, la mobilisation conjointe des associations, des institutions publiques et des acteurs financiers apparaît plus que jamais nécessaire.

En rassemblant expertises, témoignages et analyses, ce livret contribue ainsi à faire progresser la réflexion collective et à identifier de nouveaux leviers d’action pour une société plus inclusive.